VU PAR SUZANNE TARTARAT-BOIREAU
Article de Suzanne Tartarat-Boireau rédactrice en cheffe et journaliste du média en ligne ‘‘Bien en Périgord’’ (edition du 18.09.2025)
- - - - -
VU PAR SEBASTIEN GUISSET
Portrait vidéo réalisé en août 2024 par Sébastien Guisset réalisateur dans le cadre du fonds de soutien de l’ADAGP et produit par ARTE Studio.
Portrait vidéo réalisé en août 2024 par Sébastien Guisset réalisateur dans le cadre du fonds de soutien de l’ADAGP et produit par ARTE Studio.
- - - - -
VU PAR MARIE-CÉCILE RUAULT-MARMANDE
« Acteur-plasticien aux multiples facettes depuis 1989, LO-renzo revendique le fait « d’être artiste à plein temps » et inscrit l’art dans son quotidien comme un défi de chaque jour. Créateur d’actions, il se met en scène dans des situations cocasses toujours inspirées du réel. Sa pratique artistique est en effet si près de la vie qu’il peut parfois s’y dissoudre, ne faire qu’un avec son environnement. Designer d’objets, ses inventions sont des points de rencontre et d’échange, propices aux surprises. De ces petits mondes révélés naît le mystère, comme un appel à la fantaisie de celui qui les regarde. Sans métaphore ni symbole, les œuvres de LO-renzo, au lieu de nous inviter à en pénétrer la signification interne, nous renvoient immédiatement à l’exploration d’un espace imaginaire que nous partageons avec elles.
Cela l’amène ensuite à intervenir sur un site de 13 hectares, le jardin d’hélys-œuvre, dans un travail de recréation permanente intitulé Zone d’Intervention Plastique et Visuelle sur ce lieu, on croise aussi des cabanes, blanches ou roses, suspendues ou tendues de filets de camouflage. En contournant ces formes minimalistes à échelle humaine - 1 m 80 de haut comme la taille de l’artiste - le visiteur commence à deviner le travail de LO-renzo et peut apprécier l’espace, l’équilibre, le sens de la dynamique qu’il met au jour. L’artiste cherche la source de cette nature omniprésente, l’observe, la fixe, et parfois détourne les éléments de leur cycle naturel. Ainsi, à la manière de Guiseppe Penone, il ratisse, écorce les troncs d’arbres couchés au sol pour mieux en restituer la beauté. Il représente également l’homme face au paysage dans ses autoportraits de dos - tantôt frère de Van Gogh parmi les tournesols, tantôt soldat de l’armée de terre (série arrhaine) - où l’humour et la fiction se disputent la géométrie de la composition. Un désir de fusion et de cohésion finales caractérise l’ensemble de son œuvre : il s’agit de rassembler tous ces éclats d’humanité apparemment si éloignés les uns des autres, et de les mettre pour ainsi dire, sous tension, en une réelle matérialité dont la simplicité apparente amplifie l’effet. »
Marie-Cécile Ruault-Marmande historienne de l’art (2011)
- - - - -
VU PAR ANNE-GAELLE BURBAN
« En se servant du réel, comme de tout ce qui arrive, LO-renzo nous ouvre les portes sur un art total. Son terrain de jeu favori est celui de l’histoire de l’art qu’il revisite en se mettant souvent lui-même en scène, à l’instar d’Erwin Wurm, de Michel Journiac ou encore de Cindy Sherman, il se travestit et avance masqué pour mieux dévoiler les farces de l’humaine comédie.
Dans ce théâtre permanent LO-renzo est un chasseur de signes et d’images. Il adapte ses supports en fonction du thème de ses investigations.
Pour ses autoportraits, par exemple il utilise la photographie couleur qu’il fait tirer en numérique ou en argentique sur des formats variables.
On le voit parfois, se faire champion du monde sur un tirage argentique en couleur de 180x180cm. Ailleurs dans un solipsisme amusé et tel un Gaspard David Friedrich, tournant le dos au spectateur, il est représenté face à un paysage bucolique et pastoral. Toujours de dos et nous laissant à la porte de l’intrigue plastique, il monte la garde en se mettant successivement dans la peau d’un soldat de l’air de mer ou de terre. Ici à la manière d’un Vélasquez, il s’insère dans des scènes de genre repensées pour faire corps avec le sol, ou pour devenir le temps d’un cliché un héros libérateur. Et là, serait-ce un hommage à Van Gogh qu’il se camoufle parmi les tournesols jaunes vifs
Apparition-disparition! A la fois comédien, ingénieur, designer, artiste et modèle, LO-renzo met en scène une dialectique où se joue un tour maîtrisé et transformiste. Et dans la veine de Marcel Duchamp, s’il est également le premier spectateur de ses facéties, il nous invite à le rejoindre en devenant nous-mêmes regardeurs.
Sa biographie nous indique aussi qu’il fut chauffeur-livreur à mi-temps pour les Galeries Lafayette, le matin, avec son camion dans le flux autoroutier, il dessinait des paysages mobiles : route, pluie, stop,
passage piéton, carrefour, passage à niveau, voie d’accélération, soleil, cinquième... L’après-midi dans son atelier avec des matériaux récupérés et détournés, LO-renzo transformait ces états de route en situations plastiques.
Déjà, ces installations se donnaient pour direction d’interroger des fonctions, d’interpréter des formes en découvrant de nouveaux itinéraires et des circulations plurielles.
Aujourd’hui, aux abords de la route départementale 705 à la marge de Saint Médart d’Excideuil en Dordogne, LO-renzo vit et travaille avec sa famille dans un site atypique, hospitalier et accessible au public : le jardin d’hélys-oeuvre véritable work in progress à ciel ouvert, entre faire et laisser faire, il questionne l’espace pour y faire lieu. Au fil des saisons, il développe ses envies conceptuelles en solutions plastiques ingénieuses et joyeusement subversives.
A partir de ce tiers paysage animé, sa démarche se déroule comme un ruban d’asphalte vers d’autres territoires réels ou virtuels. Ses oeuvres pérennes éphémères sont ouvertes à une multitude de média (dessin, objet, papier, langage, performance, photographie, sérigraphie, blog, vidéo...).
Artiste aux aguets, il cueille les événements de la vie. Puis après un temps de sédimentation en atelier, il révèle en combinant divers éléments spatio-temporels : paysage, attitude, situation, entropie, volume, matière... Cependant, l’agencement de formes, le glissement entre réalité et fiction, le déplacement de son corps dans l’espace et le détournement de sens restent les piliers fondamentaux de son langage plastique. Empiriquement, c’est avec cet alphabet vivant qu’il donne la parole aux lieux et aux choses.
Ainsi, chemin faisant tel un funambule, LO-renzo manie les effets esthétiques avec dextérité tout en jouant sur une vraie fausse superficialité. Dans sa facture, cet artiste autodidacte à l’identité nomade est amateur du less is more. Sa nécessité réside dans le processus créatif, plus que dans la mesure de ses réceptions.
Enfin, si on lui demande de décrire son action singulière sur le monde, et pourrait-on dire Lavoisienne, LO-renzo la résume par ces quelques mots : je transforme les signes qui m’énervent! »
Anne-Gaëlle Burban autrice et médiatrice en art contemporain (2009)