LO-renzo vu par anne-gaëlle burban

«En se servant du réel, comme de tout ce qui arrive, LO-renzo nous ouvre les portes sur un art total. Son terrain de jeu favori est celui de l’histoire de l’art qu’il revisite en se mettant souvent lui-même en scène, à l’instar d’Erwin Wurm, de Michel Journiac ou encore de Cindy Sherman, il se travestit et avance masqué pour mieux dévoiler les farces de l’humaine comédie.

Dans ce théâtre permanent LO-renzo est un chasseur de signes et d’images. Il adapte ses supports en fonction du thème de ses investigations.

Pour ses autoportraits, par exemple il utilise la photographie couleur qu’il fait tirer en numérique ou en argentique sur des formats variables.

On le voit parfois, se faire champion du monde sur un tirage argentique en couleur de 180x180cm. Ailleurs dans un solipsisme amusé et tel un Gaspard David Friedrich, tournant le dos au spectateur, il est représenté face à un paysage bucolique et pastoral. Toujours de dos et nous laissant à la porte de l’intrigue plastique, il monte la garde en se mettant successivement dans la peau d’un soldat de l’air de mer ou de terre. Ici à la manière d’un Vélasquez, il s’insère dans des scènes de genre repensées pour faire corps avec le sol, ou pour devenir le temps d’un cliché un héros libérateur. Et là, serait-ce un hommage à Van Gogh qu’il se camoufle parmi les tournesols jaunes vifs?
... Apparition-disparition! A la fois comédien, ingénieur, designer, artiste et modèle, LO-renzo met en scène une dialectique où se joue un tour maîtrisé et transformiste. Et dans la veine de Marcel Duchamp, s’il est également le premier spectateur de ses facéties, il nous invite à le rejoindre en devenant nous-mêmes regardeurs.

Sa biographie nous indique aussi qu’il fut chauffeur-livreur à mi-temps pour les Galeries Lafayette, le matin, avec son camion dans le flux autoroutier, il dessinait des paysages mobiles : route, pluie, stop, passage piéton, carrefour, passage à niveau, voie d’accélération, soleil, cinquième... L’après-midi dans son atelier avec des matériaux récupérés et détournés, LO-renzo transformait ces états de route en situations plastiques.

Déjà, ces installations se donnaient pour direction d’interroger des fonctions, d’interpréter des formes en découvrant de nouveaux itinéraires et des circulations plurielles.

Aujourd’hui, aux abords de la route départementale 705 à la marge de Saint Médart d’Excideuil en Dordogne, LO-renzo vit et travaille avec sa famille dans un site atypique, hospitalier et accessible au public : le jardin d’hélys-oeuvre véritable work in progress à ciel ouvert, entre faire et laisser faire, il questionne l’espace pour y faire lieu. Au fil des saisons, il développe ses envies conceptuelles en solutions plastiques ingénieuses et joyeusement subversives.

A partir de ce tiers paysage animé, sa démarche se déroule comme un ruban d’asphalte vers d’autres territoires réels ou  virtuels. Ses oeuvres pérennes éphémères sont ouvertes à une multitude de média (dessin, objet, papier, langage, performance, photographie, sérigraphie, blog, vidéo...).

Artiste aux aguets, il cueille les événements de la vie. Puis après un temps de sédimentation en atelier, il révèle en combinant divers éléments spatio-temporels : paysage, attitude, situation, entropie, volume, matière... Cependant, l’agencement de formes, le glissement entre réalité et fiction, le déplacement de son corps dans l’espace et le détournement de sens restent les piliers fondamentaux de son langage plastique. Empiriquement, c’est avec cet alphabet vivant qu’il donne la parole aux lieux et aux choses.
Ainsi, chemin faisant tel un funambule, LO-renzo manie les effets esthétiques avec dextérité tout en jouant sur une vraie fausse superficialité. Dans sa facture, cet artiste autodidacte à l’identité nomade est amateur du less is more. Sa nécessité réside dans le processus créatif, plus que dans la mesure de ses réceptions.

Enfin, si on lui demande de décrire son action singulière sur le monde, et pourrait-on dire Lavoisienne, LO-renzo la résume par ces quelques mots : je transforme les signes qui m’énervent!»

ANNE-GAELLE BURBAN